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Risques Psychosociaux à l’hôpital : Un cas d’urgence national

Celles et ceux d’entre-nous qui ont des infirmier·es, aide-soignant·es, médecins et urgentistes dans leur entourage ne le savent que trop bien : la souffrance est bien là.
Crédit image : Snowing / Freepik
Crédit image : Snowing / Freepik

 

Celles et ceux d’entre-nous qui ont des infirmier·es, aide-soignant·es, médecins et urgentistes dans leur entourage ne le savent que trop bien : la souffrance est là, palpable et visible. Alors qu’on entendait assez peu cette tranche de la population il y a quelques années, la voilà qui se met à faire du bruit. Les grèves et revendications se multiplient à l’hôpital depuis plusieurs mois et un mouvement sans précédent se met en place. Les causes sont nombreuses, énumérées et retranscrites pêle-mêle dans les journaux.

C’est à la lueur de la psychologie sociale et du travail que je vous propose de remettre tout ça dans l’ordre. Bon voyage au cœur des risques psychosociaux !

Des métiers particulièrement exposés aux Risques Psychosociaux

Sauver des vies c’est déjà, en soi, un métier à risque. La réalité du métier, connue et étudiée depuis plus de trente ans, fait que les soignant·es sont exposé·es à des conditions de travail difficiles. Ces risques peuvent varier selon les métiers, mais globalement, on peut citer :

  • Les contraintes physiques et les risques pour la santé : port de charges lourdes et position debout prolongée notamment ; sans oublier l’exposition aux agents pathogènes et aux produits chimiques
  • Des horaires atypiques : pas de jours férié ni de weekend, travail de nuit comme de jour, en horaires décalés, par tranches de 10 à 12h… qui perturbent le système circadien et occasionnent du stress ainsi que de la fatigue physique à moyen et long terme
  • L’ exposition quotidienne à la souffrance physique et psychologique, et à la mort d’autrui (adultes et enfants de tous âges) qui épuise émotionnellement même les plus robustes
  • Des interruptions dans le travail et une certaine charge mentale : sollicitations par des patients ou urgences nécessitant d’arrêter une tâche en cours pour passer à une autre rapidement
  • Des protocoles ultra stricts limitant le degré d’autonomie et rendant les tâches monotones, machinales et particulièrement complexes à gérer en cas de surcharge de travail.

Sans oublier que les services d’urgences sont de plus en plus sollicités du fait de la population vieillissante : une tendance qui va s’intensifier pendant au moins les trente prochaines années. Nous pouvons donc justement ajouter à notre liste : la surcharge de travail (50 heures par semaines pour certain·es). Et ses corollaires : impossibilité de prendre des pauses (même pour manger ou aller aux toilettes) ; déséquilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle pour ne citer qu’eux.

Schéma n°1 : Récapitulatif des principaux risques liés aux métiers de soin
Schéma n°1 : Récapitulatif des principaux risques liés aux métiers de soin

Ces risques sont amplifiés par un manque cruel de moyens

Lorsqu’on intervient en entreprise, les causes principales de Risques Psychosociaux sont très largement liées à des problèmes organisationnels, et notamment de communication interne. Mais il se passe quelque chose d’étonnant lorsqu’on entre dans le monde de l’hôpital. Même si ces problématiques organisationnelles existent, elles sont largement reléguées au second plan. La véritable problématique est un manque cruel de moyens et de subventions qui s'accroît d'années en années, lequel va directement influer sur les difficultés organisationnelles.

Ce manque de moyens adjoint aux difficultés et aux risques inhérents du métier (évoqués dans en début d’article), font des Risques Psychosociaux à l’hôpital une véritable bombe à retardement...

Petit florilège des cercles vicieux qui se mettent en place :

  • Le manque de moyens entraîne un manque de personnel, qui entraîne une surcharge de travail pour les soignant·es, ce qui entraîne l’obligation de faire des heures supplémentaires
  • Les restrictions budgétaires font que le nombre de lits diminuent ; mais la réalité de la société et sa population vieillissante fait que le nombre de patients augmente. Cela occasionne une cadence forte et une surcharge de travail pour les soignants qui doivent gérer l’afflux de patients sans pouvoir forcément les placer ni s’en occuper
  • Les établissements n’ont pas la latitude décisionnelle leur permettant de subvenir aux besoins matériels de leurs équipes et ne parviennent pas à mettre en place de solutions pérennes
  • En parallèle, se développe depuis quelques temps dans les hôpitaux une tendance assez surprenante mais liée à la politique ambiante, et qui consiste à mettre les soignant·es sous pression pour faire du chiffre… alors que leur cœur de métier consiste à donner des soins. Cette nouvelle stratégie enfonce un peu plus le clou du stress, du sentiment d’urgence et de la culpabilité déjà ressentie par les soignant·es
  • Au vu de la difficulté grandissante à faire leur travail, les soignant·es ont l’impression d’être ignoré·es, non considéré·es et trop peu récompensé·es (socialement et économiquement) pour tous leurs efforts et sacrifices. Plus le temps passe et plus leur sentiment d’injustice augmente, en même temps que leur colère et/ou leur résignation.
Schéma n°2 : Récap' Réel du métier x Conjoncture sociale x Réduction des budgets
Schéma n°2 : Récap' Réel du métier x Conjoncture sociale x Réduction des budgets

Des Conséquences multiples

Evidemment, tout ceci n’est pas sans conséquences. La totalité des soignant·es est en souffrance, ce qui met tout le monde en danger, y compris les patient·es.

Un personnel en souffrance psychologique et physique

Les soignants se débattent alors avec un mal-être psychologique lié aux multiples conflits de valeurs qu’ils subissent. Parmi ces conflits de valeurs, on peut citer par exemple le fait de devoir remplir des objectifs de chiffres alors qu’ils travaillent avec l’humain ; le fait de constater un trop grand écart entre la vision qu’ils ont de leur travail (qui est une vocation : aider et soigner autrui) et la réalité (soit l’impossibilité de le faire correctement) ; l’impossibilité de garantir la confidentialité des échanges quand les patients n’ont pas de lits… ; ou encore les sentiments d’impuissance et de culpabilité envers les patients mais aussi envers les collègues.

Leurs difficultés à répondre à la souffrance de leurs patients peut les mener à faire l’expérience douloureuse et parfois traumatisante de l’agressivité et de la violence de certains patients ou de leur famille parce qu’ils ne sont pas pris en charge correctement et/ou à temps.

Stress, épuisement émotionnel et burnout finissent par faire partie du quotidien. Globalement les métiers du soin font que les soignant·es sont, de base, une population à risque. Les toutes premières études sur le burnout (datant des années 1970) ont été réalisées auprès de personnels soignants parce qu’ils sont particulièrement touchés par cette étrange mécanique : très investi·es physiquement et émotionnellement auprès d’une population en souffrance, ils finissaient par s’épuiser émotionnellement jusqu’à se détacher totalement et finir par se trouver vides et incompétent·es. C’est ainsi que sont nées les premières recherches sur le burnout. Autant dire que la nouvelle donne n’aide pas ce métier déjà prédisposé.

Bien entendu, on peut également citer la surcharge de travail et les contraintes physiques (port de charge) qui occasionnent un épuisement physique et des troubles musculosquelettiques à long terme.

Résultat : les dépressions et les suicides se multiplient, ajoutant à la détresse et à la culpabilité des collègues encore en poste. Sur le long terme, des dégâts sur la santé physique et psychologique de ces soignant·es sont inévitables (douleurs chroniques et psychosomatiques, baisse des défenses immunitaires et maladies cardiovasculaires provoquées par le stress).

Pour préserver leur santé, la plupart des soignants finissent par quitter leur poste. Les chiffres sont de plus de 60% de démissions dans certains services d’urgences l’année dernière. Quid du remplacement des personnes qui démissionnent ? Du temps qu’il va falloir passer à former les nouveaux ? Du fait que le métier attire de moins en moins, alors que la société en a de plus en plus besoin ?

Une mise en danger des patients 

Le mal-être et l’épuisement des soignant·es n’est pas sans effet sur leurs patient·es. Un épuisement durable influe forcément sur la qualité du service rendu, même si les soignant·es font tout leur possible pour leurs patients.

Des soignant·es en burnout ou en état de stress sont moins empathiques. Pour se protéger, ils se mettent en « pilote automatique », deviennent cyniques et finissent par considérer les individus non plus comme des patients mais comme des numéros. Ils font également plus d’erreurs. Et des erreurs potentiellement graves puisque leur objet de travail est la santé et la vie d’autres êtres humains.

Par ailleurs la surcharge de travail oblige les soignants à survoler les diagnostics, les poussent à prendre en charge trop tardivement certains patients voire à en oublier. Dans certains cas, notamment en EHPAD, on peut même parler de maltraitance.

Cette même surcharge de travail occasionne depuis des années déjà ce qu’on appelle les « glissements de tâche ». Pourtant interdits et dangereux, les soignant·es se voient obligé·es d’y recourir par manque de main d’œuvre : les aide-soignant·es se retrouvent à faire des tâches normalement réservées aux infirmier·es, quand les infirmier·es réalisent des actes qui ne devraient être fait que par un médecin… avec tous les problèmes éthiques et les éventuelles erreurs que cela peut entraîner.

Une perte d’argent

L’ironie de la situation fait qu’une grande partie des Risques psychosociaux sont ici causés par des réductions budgétaires, un manque d’argent et de moyens donc. Et pourtant, les risques psychosociaux sont un vrai gouffre budgétaire. Par exemple, même si les chiffres datent un peu, l’INRS a estimé à 3 milliards d’euros le coût social du stress au travail à lui-seul (pour l’année 2007 en France) quand l’OMS estimait en 2006 le coût des Risques Psychosociaux à 1000€/an/habitant.

Difficile d’évaluer les pertes pour l’hôpital public mais il y a fort à parier que tout ce qui est évoqué dans notre arbre des causes est extrêmement coûteux.

Quelques exemples :

  • Les démissions et turn-over qui nécessitent de fonctionner avec des personnes en moins et de perdre du temps à recruter et former de nouvelles personnes,
  • Les arrêts maladies parfois longue durée, et les inaptitudes impliquent le fait que des soignants soient payés et indemnisés alors qu’ils ne sont pas en poste, mais aussi le fait qu’il faut payer une autre personne pour les remplacer
  • On peut également citer les erreurs médicales, pour certaines graves, allant jusqu’aux tribunaux avec indemnisation des familles et/ou de la sécurité sociale,
  • Etc.
Schéma n°3 : Les cercles vicieux des RPS à l'hôpital
Schéma n°3 : Les cercles vicieux des RPS à l'hôpital

Voilà donc un excellent exemple de la façon dont des décisions organisationnelles dont l’origine est politique, couplées à un réel du métier déjà difficile entraînent une impossibilité pour les acteurs d’une profession de proposer un travail de qualité ni d’assurer leur propre sécurité ou celle des personnes auprès de qui ils interviennent.

Si la conjoncture et le réel du métier sont difficilement modifiables, la stratégie organisationnelle, elle, est modelable. C’est bien sur elle qu’il faut miser. Il est nécessaire en parallèle de redonner la parole et d’écouter les professionnels du soin qui ont des besoins mais aussi des solutions leur permettant de faire leur métier correctement, puisque rappelons-le, ce sont eux les experts de leur propre métier. 

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