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Prévention des risques psychosociaux : Beaucoup d'entreprises réagissent trop tard

Les concepts de prévention primaire, secondaire et tertiaire sont d’abord apparues dans la médecine. La Haute Autorité de la Santé (HAS) les définit ainsi
Crédit image : Mindandi/Freepik
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Prévention primaire, secondaire, tertiaire

Les concepts de prévention primaire, secondaire et tertiaire sont d’abord apparues dans la médecine. La Haute Autorité de la Santé (HAS) les définit ainsi :

« La prévention primaire agit en amont de la maladie (ex : vaccination et action sur les facteurs de risque), la prévention secondaire agit à un stade précoce de son évolution (dépistages), et la prévention tertiaire agit sur les complications et les risques de récidive »

La logique est la même dans la prévention des risques psychosociaux :

  • La prévention primaire consiste à anticiper et réduire les risques pour éviter au maximum leur apparition, en agissant la plupart du temps directement sur l’organisation ;
  • La prévention secondaire consiste à protéger collectivement ou individuellement les salarié·es dès l’apparition d’un risque ;
  • La prévention tertiaire consiste à restaurer la santé des salarié·es après un accident et éviter la réapparition du risque

Exemple d’une entreprise de vente par téléphone

Imaginons que travailliez dans une entreprise de vente par téléphone, en open-space et que les salarié·es soient récompensé·es au nombre de contrats qu’ils ou elles décrochent.

On peut d’ores et déjà isoler 3 grands risques inhérents à l’activité et à la configuration des locaux :

  1. Le stress lié au bruit incessant de l’open-space et à la promiscuité
  2. La violence externe (insultes, menaces venant des prospects dérangés par vos coups de téléphone)
  3. Le climat social qui risque de rapidement se dégrader à cause de l’ambiance de compétitivité, mais aussi à cause des deux risques cités juste avant

Les techniques de prévention (NB. liste non exhaustive et dépendant des facteurs de risques, la plupart du temps plurifactoriels) pourraient être par exemple :

Prévention Primaire

  • Proposer des bureaux fermés pour celles et ceux qui préfèrent travailler au calme ;
  • Réduire la compétitivité en supprimant les tableaux d’affichage mettant en évidence le nombre de ventes par personne ;
  • Veiller à mettre ne place une ambiance bienveillante émanant de la direction,
  • Rédiger une charte de bonne conduite qui sera remise aux salarié·es dès leur embauche,
  • etc.

Prévention Secondaire :

  • Prendre le temps de demander à chaque salarié·e les difficultés qu’il ou elle rencontre dans son travail (lors de l’entretien annuel par exemple) ;
  • Mettre en place un baromètre social pour évaluer les risques psychosociaux ;
  • Proposer des formations à la gestion du stress ; à la gestion des conflits, à la prévention des risques psychosociaux,
  • etc.

Prévention Tertiaire (après une tentative de suicide par exemple) 

  • Cellule psychologique,
  • Aménagement de poste, Tiers-temps ;
  • Accompagnement au retour à l’emploi…

Constat : Les entreprises privilégient la prévention tertiaire et c’est un vrai problème

Quel que soit le risque et quelle que soit l’activité, la prévention primaire sera toujours plus efficace que la secondaire, qui elle-même sera toujours plus efficace que la tertiaire. Cette dernière n’a d’ailleurs de prévention que le nom, puisqu’elle intervient après survenue d’un dommage.

Paradoxalement, la prévention tertiaire est la plus utilisée par les entreprises, et la prévention primaire est celle qui est le moins mise en place (la plupart de temps par manque de connaissance et de sensibilisation sur le sujet).

Le constat est sans appel : trop souvent les entreprises ignorent purement et simplement ou survolent les étapes de prévention primaire et secondaire, et ne réagissent qu’après les accidents. C’est ainsi qu’elles mettent en place des cellules de crise après un suicide, des « épidémies » de burnout ou des plaintes aux prud’hommes.

La prévention tertiaire n’éliminant pas le risque, après de tels accidents il faudra invariablement revenir sur les deux premiers types de prévention, en mettant en place un audit socio-organisationnel et/ou des actions de formation par exemple.

Sauf que les risques auront par ailleurs été décuplés puisqu’aucun collaborateur ne sort indemne après un accident, même s’il n’est pas directement concerné. Vivre le suicide d’un collègue, voir les autres partir un à un en burnout, amplifie le stress, la culpabilité de n’avoir pas pu aider, la tristesse et le processus de deuil, et pousse finalement à se demander « à qui le tour ? » « Combien de temps me reste-t-il ? », etc.

Rétrospectivement, il sera beaucoup plus coûteux en temps et en argent, et beaucoup plus difficile stratégiquement et organisationnellement de mettre en place ces actions après qu’aient eu lieu les accidents sus-cités.

De l’importance de basculer vers la prévention primaire

Par souci de cohérence, il convient de remettre les choses dans l’ordre et de privilégier dès lors la prévention primaire pour agir en amont des risques. Et cela pour au moins trois raisons :

1)   Faire de la prévention primaire, c’est faire un minimum d’action pour un maximum de résultat. Je m’explique : par essence, la prévention primaire agit sur le collectif, sur l’organisation. Elle élimine le risque à la racine et ainsi tous ses corollaires. Pour rappel les risques psychosociaux agissent en cercle vicieux, et se multiplient les uns au contact des autres. Ils vont même amplifier les risques physiques (par exemple, une personne stressée a plus de risque de se blesser ou de provoquer un AT). De ce fait, éradiquer un risque potentiel, c’est supprimer tous les autres risques qu’il pourrait provoquer en cascade.

2)  Il est beaucoup plus simple d’agir en dehors de la tempête. Car concrètement, faire de la prévention primaire c’est provoquer des changements (de stratégie, de management, d’organisation par exemple). Or, les changements, même minimes, sont très mal reçus par les équipes quand elles sont dans la souffrance. A l’inverse, agir en amont et adapter petit à petit les actions de prévention selon les besoins sera bien mieux accepté par les équipes, qui pourront même mettre du cœur à l’ouvrage et s’allier avec la direction dans la mise en place de ces changements.

3)  La plupart du temps, si les actions de prévention primaire et secondaire sont bien menées, la tertiaire n’aura pas lieu d’être puisque la grande majorité des accidents seront évités, et ceux qui surviendraient éventuellement seraient très minimes. Moins de souffrance pour les équipes, moins de difficultés pour les organisations, on est dans une logique gagnant-gagnant.


Bien entendu, la prévention des risques n’est pas forcément chose aisée. Elle nécessite un véritable pilotage stratégique qui va différer selon les risques présents dans chaque entreprise, la réalité des métiers, la conjoncture, mais aussi l’évolution de la société… Impossible de tout contrôler ni de tout prévoir. En revanche, s’habituer dès aujourd’hui à bien anticiper et gérer les risques (qu'ils soient physiques ou psychosociaux) et à réagir rapidement est un vrai atout qu’il ne faut plus sous-estimer…

Alors pour clore cet article j’aimerais vous poser ces 3 questions :

-       Savez-vous quels sont les risques prédominants dans votre entreprise ?

-       Pouvez-vous déterminer leurs causes, leurs conséquences ?

-       Quelle stratégie de prévention avez-vous mises en place ?

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