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Méditer au Travail ? Oui, mais…

On assiste depuis quelque temps à la mouvance du bien-être au travail, fortement relayée (ou décriée – c’est au choix) par les médias. Le sujet « méditer au travail » y occupe une place de choix.
Méditation au travail

" Vous n’avez qu’à méditer !! "

C’est ce qu’a dit la supérieure de Louisa* il y a quelques mois alors qu’elle croulait sous le stress et la surcharge de travail.

Sur son contrat de travail, il est mentionné un 35h, mais elle en fait plus de 40 par semaine en réalité, et ce depuis un bon moment déjà.

Au moment des faits, Louisa s’occupe d’un dossier particulièrement compliqué à gérer, et reçoit régulièrement le mécontentement et les insultes de la part des usagers du service.

Et surtout elle s’en occupe seule, alors que ce dossier nécessite l’intervention de plusieurs personnes – toutes en arrêt du travail.

C’est à ce moment que Louisa a essayé d’en parler avec sa supérieure, puis de s’entendre répondre ce laconique " vous n’avez qu’à méditer ".

La méditation est bonne au travail

On assiste depuis quelque temps à la mouvance du bien-être au travail, fortement relayée (ou décriée – c’est au choix) par les médias. Le sujet « méditer au travail » y occupe une place de choix.

Il est vrai que la méditation au travail a fait ses preuves. Nous pouvons citer entre autres les effets suivants :

  • Elle aide à se recentrer sur soi et à prendre du recul
  • Elle atténue les pensées négatives et les ruminations
  • Elle nous permet d’être plus tolérants envers nous-mêmes (on parle d'autocompassion)
  • Elle permet une meilleure régulation de l’attention et des émotions (peur, colère, etc.)
  • Elle permet une meilleure concentration et a des effets positifs sur la mémoire
  • Elle améliore la prise de décisions
  • Elle réduit le stress, l’anxiété et la dépression et prévient les risques de récidive
  • Elle aide à développer l’empathie, la présence à l’autre et la bienveillance

Concrètement, chaque travailleu·r·se a tout à gagner en pratiquant la méditation, que ce soit pour sa vie personnelle, comme pour sa vie professionnelle. D’autant qu’avec l’avènement d’internet, il est facile de trouver des informations sur la façon de procéder. Il existe même de nombreuses vidéos en ligne de méditation guidée, ou des applications pour smartphone.

Pourtant dans le cas présent la méditation n’est pas une solution. Et ce pour plusieurs raisons.

… MAIS La méditation n’est pas toujours la solution

Notons avant toute chose que les résultats bénéfiques de la méditation s’observent si et seulement si elle est pratiquée régulièrement et à long terme. La respiration ou la méditation peuvent éventuellement soulager un stress ponctuel, comme une prise de parole en réunion par exemple. Mais leur effet est limité dans le temps. Lorsque le stress est quotidien et se répète sur le long terme, comme c’est le cas pour Louisa, une seule séance de méditation, réalisée en plein pic de stress n’aura que très peu d’effet.

La méditation, comme toutes les techniques et outils axés sur le bien-être au travail (salles de yoga et tables de ping-pong par exemple), ne sont PAS des solutions au stress, au burnout, aux risques psychosociaux en général. Ces techniques sont en réalité bien plus utiles pour améliorer la qualité de vie et le bien-être au travail, dans un environnement où les risques psychosociaux sont déjà réduits, là où tout se passe globalement bien.

Lorsque les risques psychosociaux sont trop présents, les outils de bien-être au travail ne sont que de la poudre aux yeux (ou de la poudre de perlimpinpin, c’est selon ! ????). Ils n’ont aucune utilité, ou pire, ils desservent l’entreprise, comme on va le voir dans le paragraphe suivant.

Avant d’envisager d’utiliser ces outils, il est donc nécessaire de commencer par réduire les risques psychosociaux présents dans l’environnement de travail. C’est seulement lorsque l’orage sera passé que ces outils du bien-être seront pleinement utiles, mais pas avant.

La méditation ne résout pas les problèmes organisationnels

Proposer une séance de méditation à une collaboratrice qui vient demander de l’aide à cause d’une surcharge de travail et d’un manque d’effectif, c’est faire l’erreur typique de penser que le problème est personnel plutôt qu’organisationnel. En lui proposant cela, sa supérieure lui signifie : tu es trop stressée, pas assez bien organisée, médite et ça ira mieux. En d’autres termes, elle a attribué la faute sur Louisa plutôt que de remettre en question le fonctionnement de son établissement.

Pourtant lorsque plusieurs personnes sont en arrêt maladie (notamment pour burnout) et que d’autres démissionnent, on est bien au-delà du problème personnel. C’est un véritable indicateur de risques psychosociaux qui n’est pas à négliger. Cela signifie que quelque chose ne fonctionne pas dans la stratégie adoptée, qu’il manque des protocoles, ou que des solutions organisationnelles doivent être apportées.

Pour aller plus loin, imaginons un instant que Louisa ait accepté cette solution et se soit octroyé une séance de 15min de méditation (ce qui est court pour une séance de méditation). Que ce serait-il passé ?

  1. Dans un premier temps, son niveau de stress se réduit pendant quelques minutes.
  2. Puis, elle revient à son poste de travail. Mais le temps qu’elle a « perdu » à méditer est du temps qu’elle n’a pas utilisé pour travailler. Et personne n’est là pour la remplacer.
  3. Les dossiers à traiter sont toujours là et continuent à s’entasser, plusieurs personnes ont appelé pendant son absence. Elle doit les rappeler. Mais d’autres continuent à appeler régulièrement.
  4. Son temps de travail se voit donc encore augmenté ;
  5. Les usagers – mis en attente forcée - sont encore plus agressifs envers elle…
  6. Résultat final : Le stress augmente ainsi que le mal-être. La boucle est bouclée.

En bref, la solution proposée par sa supérieure, n’aurait fait qu’accentuer la problématique. Au final, cette non-solution teintée de reproche a laissé à Louisa l’amère impression de n’être ni écoutée ni considérée par sa hiérarchie (ajoutant au passage un facteur de risques psychosociaux à la liste de départ).

Ce que l’on peut déduire de cette expérience c’est que même si l’intention est bonne au départ, le problème est pris à l’envers, et l’ensemble de ses causes n’est pas considéré. Il est nécessaire de commencer par trouver un remède au mal-être, avant de vouloir accroître le bien-être.


*Prénom modifié

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