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3 idées reçues sur le burnout

Le burnout est un phénomène complexe, qui ne fait pas toujours consensus au sein même de la communauté scientifique. Il est donc compliqué à appréhender et à définir. De ce fait, les informations que l'on retrouve de ça, de là, sont souvent incomplètes, et peuvent induire en erreur. Je reviens dans cet article sur 3 idées reçues que j'entend/lis souvent à propos du burnout.
3 idées reçues sur le Burnout - Risques Psychosociaux
Burnout: un phénomène complexe à ne pas négliger

Idée reçue n°1 : Le burnout c’est un épuisement général

Le terme Burn Out, est souvent traduit de manière erronée par « épuisement professionnel » en français. Littéralement, nous pouvons traduire « Burn out » par « être consumé ».

La consumation n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Cette partie émergée c’est celle que nous voyons le plus facilement, celle qui nous saute aux yeux. Soit les effets du burnout sur les individus : épuisement physique et émotionnel, apathie, grande fragilité, angoisses, etc.… Pourtant, près de 50 ans de recherches en psychologie nous permettent de comprendre le Burnout comme étant un phénomène bien plus complexe.

Tout d’abord, la recherche scientifique tend à dessiner le burnout comme étant un processus et non pas un état. C'est-à-dire que le burnout ne se réduit pas à cet état de fragilité que l’on vient de décrire. En réalité, il s’agit d’une maladie au long cours qui s’installe progressivement en passant par plusieurs phases distinctes.

Les chercheurs considèrent que le burnout est composé de 3 à 4 stades différents :

PHASE 1 : La personne est animée par un fort enthousiasme pour son travail : elle se rend excessivement disponible et ses fortes attentes franchissent parfois la limite du réalisable.

PHASE 2 : La personne s’épuise physiquement et émotionnellement face à une surcharge de travail (qu’elle s’impose parfois elle-même, ou le plus souvent, qui lui est imposée par son environnement). Elle a alors l’impression de perdre son énergie, de couler et de ne pas avoir la capacité de remonter à la surface. Cet épuisement émotionnel est un élément indissociable du phénomène de burnout, néanmoins il n’apparait pas seul. Il s’accompagne toujours des phases 3 et 4, sinon on ne peut pas vraiment parler de burnout.

PHASE 3 : L’épuisement pousse la personne à se détacher émotionnellement et cognitivement de son travail, pour se protéger. On parle alors, selon les cas, de dépersonnalisation ou de cynisme :

  • La dépersonnalisation intervient chez ceux et celles qui travaillent auprès d’un public. Dépersonnaliser, c’est créer de la distance entre soi-même et les clients ou les patients qui reçoivent nos services ou nos soins. La personne en situation de burnout finit par considérer les autres comme étant des objets impersonnels liés au travail, des « numéros ». Elle finit ainsi par les déshumaniser. Cela se voit beaucoup dans les métiers de soins, mais aussi chez les professeurs.
  • Le cynisme intervient dans les autres métiers, ceux où notre mission principale n’est pas d’être en contact avec le public. Dans ce cas, la personne se distancie cognitivement de son travail et adopte une attitude d’indifférence. Son travail ne lui apporte plus rien, elle le subit. Cela peut aller jusqu’à la perte de sens totale de sa propre activité.

La dépersonnalisation et le cynisme agissent comme des mécanismes de défense face au stress et à l’épuisement générés lors de la phase 2. Pourtant, ce mécanisme de défense est défaillant. On arrive alors à la phase 4.

PHASE 4 : Fragilisée par le stress, l’impression de ne pas pouvoir faire le poids, la perte de sens de ce qui l’animait autrefois, la personne finit par s’évaluer négativement. Elle perd confiance en elle-même mais aussi en ses compétences. Elle finit par se sentir inefficace, inutile, triste et insatisfaite de son évolution professionnelle. Elle a l’impression d’avoir perdu son temps et même d’avoir gâché sa vie. Ses ruminations vont faire boule de neige et la plonger dans un état de plus grande fragilité encore.

En résumé, on peut considérer le burnout comme s’inscrivant sur un continuum, une sorte d’échelle sur laquelle se placent les travailleurs. Certain·es vont être très peu touché·es, d’autres seront proches du « point de rupture », d’autres encore l’auront dépassé.

Ce qui est insidieux avec le burnout, c’est que ce point de rupture diffère selon les personnes. Et malheureusement, lorsqu’un médecin met un·e travailleu·r·se en arrêt pour burnout, c’est souvent parce que ce point de rupture est franchi.
 

Idée reçue n°2 : Le burnout ça ne touche que les personnes fragiles

Les personnes touchées par le burnout s’en sortent rarement indemne : troubles anxieux, baisse de l’estime de soi, douleurs somatiques, dépression et addictions, voire même tentatives de suicide pour certains… Se remettre d’un burnout est une épreuve de longue haleine. Les plus touché·es ne pourront plus retourner sur leur lieu de travail sans ressentir une forte détresse et vont petit à petit réorganiser leur vie pour ne plus se retrouver confronté·es à l’objet de leur angoisse : ils vont couper les ponts avec leurs collègues, voire même modifier leurs trajets et déplacement pour ne plus passer devant leur ancien établissement. Et même lorsqu’ils seront totalement guéris, la fêlure restera. Les recherches scientifiques ont montré qu’une personne qui a déjà fait un burnout est plus à risque de souffrir à nouveau d’un burnout que les personnes qui n’en ont jamais fait l’expérience.

Et pourtant, contrairement à ce que pensent la plupart des gens, le burnout est très rarement dû à une quelconque fragilité. C’est même d’ailleurs plutôt l’inverse : le burnout a tendance à toucher des personnes qui de base s’estiment fortes et sont considérées par les autres comme étant fortes… avant d’en arriver au burnout.

Nombreuses sont les personnes à faire un burnout en ayant à la base le profil de celles que les entreprises comptent parmi leurs meilleurs éléments. Celles dont le travail est une véritable vocation, celles qui ont "la niaque", qui sont compétentes et efficaces et qui ont appris à se dépasser et à toujours donner le meilleur d'elles-mêmes. Et au final, lorsque ces personnes se retrouvent confrontées à un burnout, elles s'en trouvent d'autant plus perturbées qu'elles ne se pensaient pas sujettes à cette problématique.

En fait, cet état de fragilité si caractéristique que l’ont peut observer est en réalité une conséquence du burnout, mais n’en est pas la cause. Comme pour tous les risques psychosociaux, il est donc très important de bien différencier les causes des conséquences.

Idée reçue n°3 : Le burnout est un problème individuel qu’il faut traiter en individuel

La difficulté d’appréhension du burnout réside dans le fait que ses causes sont plurifactorielles. Entendre par là, qu’elles peuvent trouver de nombreuses origines mais aussi et surtout qu’elles peuvent se cumuler à l’infini.  

Certaines caractéristiques personnelles vont faciliter la survenue d’un burnout. On peut citer le perfectionnisme, qui amène la personne à être très exigeante avec elle-même. Le fait d’avoir de fortes attentes professionnelles est également un facteur de risque. Les personnes jeunes, soucieuses de faire leurs preuves sont également plus facilement touchées.

Néanmoins les recherches et notre pratique nous démontrent régulièrement que ces caractéristiques personnelles ne sont pas l’unique cause du burnout, loin de là...

Les caractéristiques du travail occupent la 2e position de ce top 3 : Une trop forte charge de travail ou un rythme trop élevé sur le long terme sont souvent une cause de burnout. Mais - et on y pense moins - peuvent s’ajouter toutes les difficultés qui gravitent autour de la mission (manque de contrôle, imprévus, manque d’autonomie, impossibilité de prendre des décisions, ordres contradictoires ou incompatibles...).

Enfin, en pole position, les caractéristiques organisationnelles sont le fer de lance du burnout. Comprenez par là tout ce qui amène un climat délétère : le manque de reconnaissance, les iniquités, le manque de soutien social et mauvais rapports sociaux, les conflits de valeur, etc.

Force est de constater que quand l’ambiance est bonne, que les caractéristiques du travail, et les caractéristiques organisationnelles sont au beau fixe, il n’y a pas de problème de burnout. Les personnes ayant les caractéristiques citées comme étant à risque, sont justement motivées et très productives dans ces environnements bénéfiques. Leur « facteur de risque » est alors une force plus qu’une faiblesse.

Le problème est donc bien plus souvent organisationnel qu’individuel. D’ailleurs dans une organisation où l’ambiance s’est dégradée, et où il y a trop de dysfonctionnements, tout le monde, sans exception, souffre d’une manière ou d’une autre, à un moment donné. Les personnes « prédisposées » seront simplement impactées avant les autres et/ou susceptibles de souffrir davantage que leurs collègues. Mais cela ne signifie pas que leur particularité est la cause de leur souffrance, simplement qu’il s’agit d’un facteur aggravant. La cause restera l’ambiance dégradée de travail. 

J’en profite pour souligner qu’il est dangereux de se focaliser uniquement sur les « prédispositions » individuelles car cela revient à catégoriser certaines personnes sous l’étiquette de « faibles » (on en revient à l'idée reçue n°2), et à les rendre responsables de leur souffrance. C'est donc fortement culpabilisant d'une part. Et d'autre part, dans un climat délétère, penser de cette façon peut augmenter les risques de harcèlement envers celles et ceux vu·es comme étant des « faibles ».

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